Saturday, July 2, 2016

Le retour de la vengeance de la Gretsch philosophale

Il y a des guitares comme ça qui vous courent après sans vouloir lâcher l'affaire... J'avais déjà raconté mes traumatismes gretschiens dans l'article The Morning After The New Morning, où j'expliquais en substance que j'adore ma Collings qui est trop facile à jouer et qui résonne comme un extension de mon âme, mais que j'adore aussi le son de ma Gretsch Tennessean de 67 sauf que cette dernière est une tannée à jouer. J'envisageais la solution de bigsbyter la Collings, menace qui est heureusement restée à l'état de projet, mais après la Guitar Fest 2015 et la piètre performance de la Gretsch sur le titre d'ouverture, je l'ai échangée contre une Jazzmaster, me disant que je retrouverais ainsi le plaisir du vibrato sur un instrument plus fiable.
Finalement, j'ai découvert avec la Jazzmaster un univers passionnant mais qui n'a pas remplacé la Gretsch. Je préfère la douceur du Bigsby, et le gros son épais d'une hollow body me manquait. Il faut dire que cette Gretsch m'a énormément inspiré, c'est d'elle que sort une bonne moitié des titres de Tea & Biscuits, dont Brooklyn Cowboy qui lui rend directement hommage (puisque c'est une guitare de cowboy et qu'à l'époque les Gretsch étaient fabriquées à Brooklyn).
Du coup j'ai revendu la Jazzmaster, en me disant que un jour je retrouverai une belle hollow et qu'elle m'inspirerait des bonnes choses et qu'en attendant je me concentrerai sur la Collings qui reste mon cheval de trait indéfectible. Et puis je suis passé dans ce magasin de banlieue dans lequel j'ai bossé pendant fort longtemps histoire de saluer les copains, et je l'ai vue au mur. Un peu comme les animaux zombies qui reviennent à la vie dans un roman de Stephen King, elle était revenue mais avec des trous à la place des boutons et des micros TV Jones à la place des originaux. Entre temps, un autre Julien (sic) l'avait achetée, modifiée puis revendue aussi sec. Il faut dire que d'une part la plupart des contrôles d'une Gretsch ne servent à rien, et d'autre part les micros d'origine était bien vidés. Je l'ai donc reprise en main, et la magie était toujours là. Je suis donc reparti avec, et je me suis dit que foutu pour foutu, j'aimais bien l'idée d'aller dans le sens du dépouillement initié par son propriétaire intermédiaire. J'ai donc enlevé le micro grave et - ô miracle parfaitement prévisible - j'ai gagné un peu de résonance et un look furieux à la Malcolm Young. De toutes façons le micro grave ne m'a pas servi une seule fois de tout le temps où je l'ai eu auparavant. La bonne nouvelle, c'est que le TV Jones de remplacement est parfaitement crédible, et je le trouve ultra proche de l'original, avec un tout petit peu plus de puissance (mais pas énormément non plus, tant mieux).
Reste le problème de la jouer sur scène n'est-ce pas ? Je me dis qu'en fait ça sera une guitare parfaite pour la composition et l'enregistrement, et que son grain sera nickel pour les parties les plus crados de Chicken & Waffle, le troisième album du Julien Bitoun Trio. Et sur scène, la Collings continuera de faire son boulot, puisque je sais exactement à quoi m'attendre de sa part. Ce qui ne m'empêchera pas forcément de changer le chevalet pourri et de faire refretter la Gretsch à un moment... à suivre !
D'ailleurs j'en profite tant que j'y suis... Je ne vous ai pas raconté comment je suis tombé amoureux de cette Gretsch ! La première Guitar Fest a eu lieu en juillet 2014, et pour cette occasion j'ai choisi une dizaine de guitares chez Guitare Village pour changer d'instrument tous les deux morceaux comme une vraie diva. J'ai essentiellement pris des guitares à un micro excitantes, et pour le mini set rockabilly en plein milieu (trois titres avec François à la contrebasse), j'ai choisi cette Gretsch avant tout parce que, étant donné son état, je n'avais pas peur de lui ajouter un pain. J'ai oublié les autres guitares de cette soirée, pourtant très jolies, et cette vieille bique m'est restée entre les mains... L'amour !


Monday, June 27, 2016

Fantasme 182 - Gibson SJ-200 12 cordes 1966

https://reverb.com/fr/item/2391383-1966-gibson-sj-200-12-string-acoustic-guitar-j-200

J'ai toujours trouvé que la J-200 avait une classe folle, mais j'ai toujours aussi trouvé que je ne faisais pas la bonne taille pour en faire mon acoustique, de peur de disparaître derrière. On m'offrirait celle-ci je pense que je réévaluerai mon jugement.
Cette incroyable pièce regroupe tous les éléments qui hantent les rêves des collectionneurs acharnés : il s'agit d'un exemplaire unique (aucune autre J-200 12 cases ou 12 cordes n'a officiellement existé avant l'histoire bien plus récente de Gibson), un prototype datant de l'âge d'or de la marque, acheté par un employé (le BGN à l'arrière de la tête), dans un état superbe avec son étui d'origine.
Et le point de vue du joueur ? Pour commencer j'adore le format de manche 12 cases, qui ramène le chevalet au meilleur endroit pour permettre à la table de vibrer du mieux qu'elle peut, et qui permet aussi une variation visuelle intéressante sur des modèles classiques. Et puis, à la manière des électriques à un micro, le format 12 cases représente une limitation imposée, un obstacle qui influence le jeu du guitariste et lui donne de nouvelles idées, un peu comme un instrument Oulipien. Enfin, une J-200 12 cordes, c'est un peu la cathédrale ultime, de quoi se prendre pour Leo Kottke ou Glenn Frey, selon que l'on chante ou pas.

Thursday, May 19, 2016

L'épineux sujet des endorsements

Le business de la guitare électrique - encore plus que pour n'importe quel autre instrument - est un business d'endorsement. Lorsque nous commençons à jouer, nous le faisons grâce au jeu d'un groupe ou musicien bien précis. Lorsque nous cherchons à faire avancer notre jeu, nous nous penchons sur les plans d'un tel ou une telle. Et lorsque nous nous posons la question du son que nous cherchons à obtenir, nous avons forcément une (ou plusieurs) référence(s) discographique(s) en tête. Imaginons que je suis un guitariste dans les années 80. Je tombe amoureux du son de Led Zep, je vois que le guitariste s'appelle Jimmy Page, et je le vois dans mon magazine de guitare, une Roland en bandoulière : Le court-circuit pour atteindre le son de mon idole n'a jamais été aussi simple, puisque lui-même donne directement le secret du son incroyable que j'entends sur les disques. Tout mauvais esprit mis de côté, nous ne créons jamais ex-nihilo, et à ce titre il est donc logique de s'inspirer du matos de ses mentors afin d'arriver à ses propres conclusions. Après tout, Clapton lui-même est arrivé à la Les Paul en voulant imiter Freddie King, et l'admiration de Hendrix pour Buddy Guy n'est sans doute pas étrangère à son choix de la Strat.
Dans ce contexte, l'industrie de la guitare électrique a bien compris l'intérêt qu'elle avait à associer n'importe quel produit à un nom connu, jusqu'aux pédales, sangles, médiators et jacks décorés par leur signature. Une marque comme Ibanez a entièrement construit sa réputation autour de quelques modèles "signature" judicieusement choisi, et en endorsant systématiquement les étoiles montantes des styles en vogue. Pourtant, malgré l'importance et le côté omniprésent de ce procédé, les guitaristes en savent peu sur le système des endorsements, ce qui leur permet bien entendu d'imaginer toutes sortes de conspirations plus ou moins occulte. Il faut dire que la vue de Brad Whitford avec une BC Rich a de quoi faire douter de la sincérité du partenariat, tout autant que ses pubs récentes pour D'Angelico, comme s'il jouait sur autre chose que des Strats et des Les Paul... Bref, je me suis dit qu'il était temps de commettre une bafouille sur le sujet, en tentant de clarifier les choses tant bien que mal. Ayant moi-même été endorsé à plusieurs reprises, je pense avoir une vision pas si délirante de la chose.

Le simple partenariat
Un endorsement est bien sûr un rapport de force, dans lequel se pose la question de l'équilibre d'exposition entre la marque et l'endorsé. Si le guitariste est inconnu et la marque célèbre, il a tout à y gagner et peut donc accepter un deal "pour la gloire". Si la marque galère et que le guitariste a le vent en poupe, c'est elle qui devra faire un effort financier suffisamment conséquent pour l'intéresser. Si les deux sont également connus, cela devient une pure affaire d'affinité personnelle et d'échange d'intérêts bien compris. Plusieurs types de deals peuvent être envisagés : dans le cas le plus basique (celui qui engage le moins la marque), l'artiste bénéficie de réductions sur de l'achat de matériel. Pour la marque, ça ne représente pas un grand sacrifice, surtout qu'en général la réduction correspond peu ou prou à la marge qu'ils laissent au magasin, donc au final leur marge sur la vente reste la même. Dans un cas plus poussé, la marque peut mettre des instruments à disposition du musicien en prêt. Ce deal est plus contraignant pour elle puisqu'elle doit avoir du stock immobilisé et doit gérer ce parc pour ne pas perdre de vue les instruments prêtés. Souvent, ces instruments sont proposés aux artistes à un prix sacrifié après plusieurs mois d'utilisation. Personnellement, ce deal m'a toujours mis mal à l'aise puisque je n'aime pas jouer sur un instrument qui n'est pas le mien, je ne me sens pas à l'aise pour lui faire les pains qui peuplent généralement mon matos. Mais dans le cas d'une grosse tournée où les musiciens ne sont pas censés s'attacher à leurs outils, ce genre de partenariat a vraiment du sens. Imaginons par exemple que vous accompagnez Lara Fabian (tant pis pour vous) et que vous avez besoin d'une 12 cordes sur un titre, c'est bien sympa si vous n'avez pas à investir pour trois accords balayés sur une Takamine electro. Enfin, le deal d'enfer c'est quand la marque donne les instruments à l'artiste. Pour justifier d'un investissement pareil, il faut bien sûr que le rapport de pouvoir soit clairement en faveur de l'artiste. Mais comme toujours et comme le disait si bien "you don't get something for nothing", ou en langage internet, "si c'est gratuit, le produit c'est vous". Autrement dit, un endorsement engage l'endorsé. Souvent, le deal est informel, il exige une certaine exclusivité (en gros toutes les photos et vidéos officielles doivent montrer l'artiste avec un produit de la marque et surtout pas d'une autre marque) et peut aussi exiger des outils promotionnels, qu'il s'agisse de vidéos de démo ou de photos posées qui peuvent être utilisées sur le site internet et les réseaux sociaux de la marque. Lorsque le contrat est formel, il précise généralement une durée d'engagement renouvelable.

L'Ambassadeur
L'ambassadeur s'engage encore plus que le simple partenaire, puisqu'en général il associe son image à celle de la marque. Dans le cas d'une marque inconnue, l'ambassadeur a pour mission de prêcher la bonne parole et de faire grandir la réputation de la marque en la faisant profiter de sa réputation et de son réseau. Dans le cas d'une marque plus connue, l'ambassadeur défend les nouveaux produits de la marque et leur apporte une crédibilité. Dans le meilleur des cas, l'image de l'artiste correspond parfaitement à l'image de la gamme ou de la marque, et les deux s'entretiennent mutuellement. Un exemple : la marque Golender lance une série de guitares spéciales pour la polka alors qu'ils étaient jusque là réputés par le death metal. Ils proposent alors à la star de la polka Weird Al d'être l'ambassadeur de cette nouvelle série afin de montrer qu'ils savent exactement de quoi ils parlent. Ce rôle d'ambassadeur se faisait traditionnellement par des pubs dans les magazines, et se fait désormais par des vidéos qui sont diffusées sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, un ambassadeur est aussi celui qui joue les instruments dans les salons (NAMM surtout, puisque les démos au Musikmesse se font bien rares), voire à l'occasion de tournées de masterclasses et clinics en magasin ou écoles organisées par la marque. Pour l'artiste, ces clinics sont payées et peuvent représenter un apport non négligeable en parallèle de leurs vies musicales. Certains artistes sont même plus démonstrateurs que musiciens.

Le modèle signature
 Il s'agit bien sûr de la forme la plus "visible" d'endorsement, et là encore il y a plein de manières de le faire. Il peut s'agit d'une édition limitée qui n'engage pas à grand chose (la 335 J.D. Simo de Gibson à 25 exemplaires), ou à l'inverse d'un modèle qui rejoint la gamme de façon durable, quitte à connaître des déclinaisons (la Steve Morse chez Musicman). Il peut s'agir d'un modèle ultra précis conçu selon les moindres désirs de l'artiste, développé avec amour des années durant, ou bien une simple déclinaison d'un modèle existant avec une nouvelle couleur ou un logo de groupe apposé. Le modèle signature est une manière d'officialiser la relation entre marque et artiste, un excellent outil marketing pour le marque et une belle source de légitimité pour l'artiste. En général, ce dernier touche des royalties sur les ventes de son modèle, et il dispose bien sûr d'un ou plusieurs exemplaires gratuits. Certaines marques qui ont poussé très loin les modèles signature ont des Custom Shop spéciaux pour réaliser les exemplaires de leurs artistes, comme Ibanez ou ESP qui a son atelier américain pour fabriquer les modèles de ses nombreux endorsés californiens.

Le collectionneur
Certains collectionnent les endorsements, au point qu'ils perdent leur sens. Il y a des collectionneurs qui passent d'une marque à l'autre sans véritable cohérence, que l'on voit chez Taylor une année, puis chez Guild, puis chez Godin, et ainsi de suite. Dans ces cas-là, le public se doute bien que ces changements sont bien plus dus à des désagréments de business qu'à la qualité des instruments et ce en quoi ils s'intègrent à sa démarche artistique. Il y aussi le cas, sans doute moins préjudiciable, des artistes qui ont un endorsement différent pour chaque élément de leur matos : les sangles machins, les câbles truc, les médiators schmurz, les cordes lalali et ainsi de suite. Il s'agit tout simplement d'une bonne manière de ne pas mettre tout ses œufs dans le même panier au cas où une des marques viendrait à disparaître, connaîtrait un changement d'équipe (et bien sûr c'est toujours votre contact qui part !) ou en venait tout simplement à se désintéresser du partenariat.

La marque développée par X
Il s'agit bien sûr du stade ultime ! La plupart des créateurs de marque sont des musiciens, mais je fais ici allusion à des entreprises montées par des rock stars, des gens qui nous font rêver et décident de superviser une production de suffisamment près pour oser mettre leur nom sur les cartons. Dans ce cas, il y a moins d'intermédiaires que pour un modèle signature, ce qui se traduit financièrement par des royalties plus élevés, mais le marque ne bénéficie pas de la puissance marketing d'une grosse entreprise existante (hors partenariat plus ou moins assumé), elle repose donc uniquement sur la renommée de l'artiste. Ce dernier doit donc jouer le jeu, se faire voir aux shows (NAMM encore et toujours) et être disponible pour des interviews au cours desquelles il défendra son bifteck. Pour les artistes créatifs, c'est aussi un bon moyen de développer plusieurs modèles en fonction de ses envies esthético-musicales. L'exemple le plus célèbre est bien sûr la marque de Eddie Van Halen, EVH, qui produit aussi bien des guitares que des amplis, mais c'est un exemple un peu particulier en cela qu'il s'agit d'une marque du groupe Fender et que Eddie bénéficie donc du réseau du géant californien. Il y a aussi Brian May Guitars, les basses de Flea et Marcus Miller ou encore les Slick Guitars de Earl Slick, développées avec le site de vente Guitar Fetish.

Le mot de la fin
Les partenariats entre marques et artistes sont un business énorme, et les deux ont tout à gagner à se prêter à cette tradition déjà ancienne (Gibson Nick Lucas puis Les Paul !). Si vous voulez vous lancer en tant qu'artiste, gardez en tête que vous vous engagez auprès de la marque : ça n'est pas qu'une manière d'avoir du matériel pas cher, c'est un choix de ne jouer que sur certains instruments, et le choix d'attacher votre image à celle d'une marque. Faîtes donc en sorte que ce choix soit sincère et pas uniquement calculé en termes d'intérêt marketing. Côté marque, la même remarque s'applique : choisissez vos endorsés de façon cohérente et privilégiez des guitaristes moins connus et enthousiastes plutôt que des têtes d'affiches qui n'auront pas envie de défendre vos couleurs. Let's go!

Thursday, February 18, 2016

Fantasme 181 - Gibson Les Paul 1955 Seal Brown Metallic

http://guitars.com/inventory/eb6591-1955-gibson-les-paul

Rien ne m'excite autant qu'une guitare ultra familière dans une version légèrement différente que celle qu'on connaît, d'où mon goût pour l'Esquire par exemple...
Et ma Les Paul préférée est sans doute sa version 55/56, c'est-à-dire la Gold Top avec les deux P90 et le chevalet/cordier Tune-o-Matic.
Quand vous combinez les deux ça peut donner cette pièce incroyable qui est d'ailleurs déjà vendue : une Les Paul de 1955, l'une des premières avec le Tune-o-Matic, dans une finition Seal Brown Metallica dont j'ignorais complètement l'existence. On garde le côté métallique du Gold Top donc, mais en plus sombre, ça ne ressemble à rien d'autre et le contraste avec les P90 est sublime. Et puis tant qu'à faire les boutons sont assortis...

Tuesday, February 9, 2016

Chronique d'album - Roky Erickson

Tout a commencé par la reprise de "If You Have Ghosts" par Ghost sur leur EP de reprises du presque même nom (If You Have Ghost), produit par Dave Grohl. En dehors du fait que ce titre m'a rendu à tout jamais fan de Ghost (ce que Meliora n'a fait que confirmer et renforcer, mais c'est une autre histoire), j'ai été particulièrement touché par cette très belle chanson qui aborde le sujet de la solitude sous un angle original. Mais j'ai lu les crédits un peu vite, et en voyant Roky Erickson dont je n'avais pas entendu parler, j'ai pensé au bluesman Craig Erikson et je me suis dit que quand même il savait écrire, mais sans y penser bien longtemps.
Et puis il y a eu la série Sonic Highways de Dave Grohl, dans laquelle il explore l'histoire musicale de huit villes américaines et en profite pour enregistrer un album parfaitement moyen des Foo Fighters. Dans l'épisode sur Austin, il parle de l'histoire de Roky Erickson, ce chanteur torturé par la schizophrénie qui a connu un destin à la Syd Barrett. D'ailleurs son Pink Floyd à lui, c'était les 13th Floor Elevators, un groupe psychédélique avec une gourde électrique (sic) que j'adorais déjà sans avoir fait le rapprochement, et dont Billy Gibbons dit qu'il s'agit de sa plus grande inspiration. Grohl fait une interview avec ce qu'il reste d'Erickson, et d'un coup on entend une de ses chansons en solo, "Two Headed Dog". Et là je bloque complètement : qu'est-ce que c'est que cette voix à tomber par terre ? Je pense même à Bon Scott himself, un vocaliste qui est pourtant intouchable dans mon panthéon personnel.
Je cherche la chanson sur Spotify histoire de la faire tourner en boucle, et là je réalise que l'originale de "If You Have Ghosts" est tirée du même album, The Evil One. Je me le mets en entier, et c'est le choc. Mazette, quel album ! Sorti en 1981 en tant qu'album de Roky Erickson And The Aliens, il a été produit par Stu Cook, le bassiste de Creedence Clearwater Revival, comme si j'avais besoin d'une connexion supplémentaire pour me convaincre d'à quel point Erikson est en réalité un incontournable. La voix d'Erickson y brille de bout en bout bien sûr, avec ce grain rocailleux et arraché qui n'appartient qu'à lui, mais les chansons sont toutes excellentes, de la pseudo bande originale de film d'horreur de série B ("Night Of The Vampire") au doo-wop ("I Walked With A Zombie") en passant par le rock de base toujours bien senti ("Don't Shake Me Lucifer"). Et puis au milieu de tout ça il y a "White Faces", son plus beau titre à mon humble avis, avec ce riff mélodique de guitare qui hante le refrain. La guitare justement, est l’œuvre de Duane Aslaksen (et Erickson tient les rythmiques), et même si certains sons datent un peu (et à la rigueur le chorus fait même partie du charme de la prod) sa contribution est sans faute, toujours à propos et atteint même des sommets comme dans le solo de "Two Headed Dog", un modèle de concision et d'à-propos que je me suis empressé de repiquer.
D'ailleurs je n'ai rien trouvé sur Aslaksen, et à ma connaissance il n'a rien fait d'autre. Si vous avez une info quelconque je suis preneur... En attendant il me reste trois autres albums d'Erickson à explorer, en espérant qu'ils tutoient la perfection de ce Evil One. Et pour ceux qui souhaitent se lancer, la maison de disque Light In The Attic a fait une très belle réédition en vinyle, avec livret bien fourni. Avis aux amateurs !

Wednesday, February 3, 2016

Fantasme 180 - Musicman St. Vincent

Parmi la quantité pléthorique de guitares au milieu desquelles j'ai eu la chance de me promener au NAMM, celle-ci m'a particulièrement scotché. Pourtant ça n'est pas vraiment une nouveauté (elle avait déjà été annoncée en août), mais le fait de la voir et de la toucher dans la vraie vie m'a rappelé à quel point cette gratte est désirable. Pourtant à la base je n'ai jamais vraiment été attiré par Musicman, jusqu'à l'Armada qui m'avait déjà bien parlé. Et pourtant à la base je n'ai jamais eu de modèle signature, et ça n'est pas forcément une idée qui me séduit tant que ça puisque j'aurais l'impression de jouer sur la guitare d'un autre. à part les modèles de Lester Polfuss pour la simple raison que ses guitares sont si omniprésentes qu'elles en deviennent détachées de lui.
J'ai d'abord découvert St. Vincent par l'intermédiaire de l'émission Youtube Guitar Moves animée par l'inénarrable Matt Sweeney (ICI), puis j'ai craqué sur son album éponyme après sa consécration aux Grammys. Une guitariste qui manie la fuzz avec tant de brio ne peut pas être foncièrement mauvaise, surtout lorsqu'elle écrit d'aussi excellentes chansons pop. Mais au-delà de l'histoire qui lui est attachée, cette Musicman est belle à tomber, avec une forme vraiment originale mais qui ne la condamne pas pour autant à une association stylistique trop claire et une configuration à trois mini humbuckers qui n'a pas non plus été si exploitée que ça. Ajoutez à ça un superbe bleu exclusif au modèle et tous les éléments sont réunis pour que je finisse par craquer sur un modèle signature, et chez Musicman qui plus est... Non John, je ne parlais pas de toi.

Wednesday, January 13, 2016

À la recherche de la SG Junior idéale (par Mathieu Albiac)

Aujourd'hui, Guitare Obsession ouvre ses colonnes à d'autres plumes que celle de votre serviteur (Julien Bitoun pour ceux qui ne suivaient pas). L'excellent guitariste Mathieu Albiac a écrit pour vous ce papier sur sa recherche de la SG Junior philosophale, et si vous avez aussi des choses à dire sur ce blog ma boîte mail vous est ouverte. Sans plus attendre, voici la recherche de la SG Junior idéale !

Powerage, Back in Black, Stiff Upper Lip : en bon fan d'AC/DC, la SG a toujours été pour moi un gros péché mignon ; ma guitare de prédilection. J'ai commencé avec un ersatz de Gibson ; une LTD Viper 100, attachante mais peu bandante, avant de goûter aux joies de la marque américaine. D'abord une 61 Reissue Sapphire Blue, excentrique, singulière et motivante ; un joli bout de bois bleu qui vibre dans la main. Puis une Standard VOS, légère, résonnante, avec l'acajou le plus sexy du monde. Mais malgré une satisfaction quasi-totale, le désir de sauvagerie guitaristique s'est fait de plus en plus grand ; quelque chose en moi voulait grogner, mordre, et bouffer la main des joueurs de Strat. Je voulais une SG Junior.

Il y a 10 ou 15 ans, ça aurait été simple pour un gars jeune et fauché de trouver la Junior de ses rêves pour 800 ou 1000 euros. A l'époque, sur eBay ou sur le marché de l'occasion, ces guitares n'avaient pas de réel prestige, de réelle cote, et se négociaient pour quelques cacahuètes ; 1500 euros étaient presque excessifs pour un modèle mint (et je parle bien des Junior kalamaziennes des années 60).
C'est vers 2010 que le marché du vintage s'est considérablement développé, attirant énormément de demandes, pour relativement peu d'offres. Résultat : la cote a explosé. Actuellement, les modèles d'époque se vendent entre 3000 et 4000 euros, quand ce n'est pas plus, face à une guitare particulièrement clean, ou en fonction de l'année (61 et 62 étant les millésimes les plus cotés).
Une solution ? Oui, vous pouvez regarder sur les sites d'annonces américains. Là-bas, les SG Junior sont évidemment bien plus communes sur le marché de l'occasion et peuvent encore se trouver parfois à des prix raisonnables : 1600 ou 1800 dollars. Sauf que si vous rajoutez à cela les taxes d'importation (TVA + frais de douane + frais de port), vous comprenez vite que le jeu n'en vaut pas la chandelle : vous payerez quasiment le prix « européen » d'une Junior, tout en prenant le risque de recevoir une guitare cassée en deux.

L'idéal pour moi a donc été d'attendre patiemment pendant plusieurs années une hypothétique très bonne affaire. C'est risqué et un peu débile, mais quand on n'a pas le portefeuille de Picsou, on se galvanise à l'espoir et au fantasme... Jusqu'au jour où ça paye.

Un soir en rentrant de concert, j'ai comme tous les jours ouvert Leboncoin, et je suis tombé sur ce qui pouvait très bien être la guitare de ma vie. Une Gibson SG Junior de 1961. Elle n'était pas donnée, mais sa tête recollée et ses petites blessures de guerre m'ont permis de la négocier jusqu'à atteindre un prix presque pas astronomique pour un étudiant sans-le-sou.

Après de nombreuses péripéties (vendeur qui s'agace de mes questions / vendeur qui ne se déplace plus / vendeur qui ne veut plus vendre), le 8 octobre 2015, je finis par toucher mon rêve du doigt.

Voici ce que le jeune con exalté que je suis a écrit après avoir récupéré cette magnifique gratte :

Aujourd'hui j'ai recueilli une femme battue. Elle a 53 ans, et quelques vergetures. Son vernis est écaillé, elle a une cicatrice le long du cou, mais elle est aussi belle qu'au premier jour. Elle a le teint bien rouge, des courbes sexy et un poids plume. Sa voix est douce, vibrante, prenante, planante, mais elle gueule pour pas grand chose. Elle aime sortir, elle aime voir du monde. Elle aime les caresses, sur le corps et la tête. Elle aime quand je la fais vibrer et elle me le rend bien.  Elle me rend fou et elle ne demande rien.
Bref, depuis aujourd'hui : j'ai une deuxième amoureuse.

Quelques mois plus tard, le frisson est toujours présent, et il est temps de parler un peu plus de la bête ! C'est parti pour un petit passage en revue de ma Junior.

- Première remarque, après quelques recherches, aidé du numéro de série : contrairement à ce qui était annoncé, la guitare n'est pas de 61 mais de début 62 (m'en fous).

- Elle a eu, comme la plupart des SG des années 60, une réparation au niveau de la tête de manche, sauf qu'ici, la tête n'a jamais été cassée en deux ; il y a seulement eu une fissure qui a été refixée proprement. La réparation est parfaitement stable, et en plus elle donne du vécu à cette vieille madame !

- Côté mécaniques, les petites Kluson sont étonnamment fiables et robustes. C'est simple : cette Junior tient mieux l'accord que toutes mes autres SG. L'accordage ne bouge presque pas, comme si tout était parfaitement équilibré.

- L'électronique et le P90 format Dog Ear sont 100% d'origine. Les boutons sont extrêmement propres et très peu effacés. Au dos, la plaque de la cavité électronique est toute petite, toute mignonne ; c'est à partir de 1965 que Gibson va creuser des cavités beaucoup plus grandes, pour des raisons économiques.


- Le vernis a vieilli magnifiquement sur toute la surface de la guitare. Je rêvais d'une Junior bien craquelée, bien patinée, et celle-ci est juste splendide. Elle fait partie du tout petit nombre de SG qui ont des craquelures verticales ; 98% du temps, les craquelures sont horizontales sur les guitares solid-body (sur les hollow-body, il est un peu plus courant de trouver des craquelures verticales). Quoi qu'il en soit, sur une Junior, c'est inédit ! Il y a cependant aussi pas mal de craquelures horizontales, mais visibles seulement sous certains angles et sous certaines lumières. C'est simple, je la redécouvre constamment en fonction de l’œil que je pose sur elle.


- Le corps est en acajou du Honduras avec un grain uniforme et régulier, en une partie (les corps en plusieurs parties apparaîtront chez Gibson à partir de 66, même si cela restera rare). La guitare entière est ridiculement légère : 2,6 kilos à la pesée. Ceci explique pourquoi le son à vide est juste démentiel.

- Elle est dotée du fameux logo « Les Paul » parce que, comme vous le savez, la SG ne s'est appelée « SG » qu'à partir de mi-63. En 61, 62 et début-63, nous avions affaire à une Les Paul Junior. C'est à partir de mi-63 que l'on passe à une tête plus sobre, avec seulement le logo Gibson (ce qui est forcément plus moche).


- Le pickguard est fixé au corps par 8 vis. En 1961, les Junior n'en avaient que 7, mais pour plus de stabilité, Gibson a vite décidé de monter des pickguards avec 8 vis, notamment parce que le bakélite (matière qui composait les plaques de protection) avait tendance à se rétracter et se gondoler. D'ailleurs, l'ancien propriétaire de ma Junior a eu la bonne idée de retirer le pickguard d'origine (légèrement gondolé mais pas cassé) et de le remplacer par une réplique en plastique de chez Jeannie Pickguards : il n'est pas parfaitement identique, il est un peu plus pointu, mais au moins il ne craint rien (et puis, si je veux jouer au snob fétichiste des instruments vintage, je peux toujours remettre l'ancien et me la péter).
Pour information, le « petit » pickguard n'est présent que jusqu'en 1966. Courant-66, il est remplacé par un pickguard dit « batwing », plus standard (et forcément plus moche).


- La touche de ma guitare est particulièrement singulière : on peut voir une délimitation nette entre une partie claire et une partie plus foncée, au niveau de la jonction avec le corps. La touche est faite en palissandre de Rio (aux jolis reflets rougeâtres) comme c'était le cas jusqu'en 63/64. Elle est dense, assez peu poreuse et belle à croquer (même si je ne m'y risquerais pas).



- Le manche est fin et très confortable : beaucoup moins épais et typé « bûche » que les modèles de 64 à 66 (qui ont pas mal de charme, eux-aussi).

- Ma SG est équipée d'un chevalet dit « angled-bridge ». De 61 à mi-62, Gibson montait sur ses Junior des chevalets non-compensés (lisses) avec une pose en biais qui permettait de donner une intonation relativement juste à l'instrument. Ce chevalet a l'avantage d'avoir une grande résonance ainsi que beaucoup de mordant et de sustain naturel.
A partir de mi-62, Gibson montera des chevalets dits "compensated", avec des encoches pour chaque corde, permettant de laisser le chevalet parallèle au micro (ce qui est forcément beaucoup moins sexy). Ces encoches étaient faites pour les cordes de sol filées, ce qui a donc créé de nombreux soucis d'intonation dans le futur pour les guitaristes jouant avec un sol non filé.
La plupart des SG Junior de 63, 64, 65, 66 vendues maintenant d'occasion sont montées avec des chevalets à intonation réglable (Badass, Tonepros), ou bien avec des copies du wraparound d'origine, mais avec l'encoche de la corde de sol déplacée, pour une bonne intonation.
Précision : le côté anarchique et "imparfait" de Gibson fait qu'il est possible de trouver certaines SG Junior avec un chevalet exagérément incliné, ou au contraire trop peu incliné, que ce soit en 61, 62, ou même plus tard. La mienne, par exemple, a un angled-bridge légèrement moins prononcé que ceux de certaines 61. Du point de vue de la justesse, j'ai eu de la chance : avec un tirant de cordes en 11-48, elle sonne parfaitement juste.

angled et compensated

- Pour ce qui est du son, je ne vais pas y aller par 4 chemins : le P90 est clairement ce qu'il me manquait. C'est mordant, c'est réactif, c'est chaleureux, c'est ouvert, c'est moelleux, c'est punchy. Pour la première fois de ma vie, j'ai compris que la tonalité était un réglage utilisable et même jouissif, permettant d'obtenir des sons très polyvalents, du Woman Tone de Clapton au classique micro manche, pour peu qu'on peaufine au potard de volume.


Quelle conclusion tirer de tout cela ? La SG Junior est un peu la guitare ultime : simple, épurée, agressive et nerveuse. Quand je joue, j'aime sentir que je dois dompter mon instrument, que je peux et que je dois lui rentrer dedans pour en tirer le meilleur : c'est ce qui me plaît avec cette guitare. Au fond, cette Junior est comme un cheval sauvage à monter sans selle ; un soutien permanent, une partenaire idéale. Je ne sais pas si celle-ci sera un jour aussi connue que la Junior de Bertignac, mais ce qui est sur c'est que, comme lui, je vais passer ma vie sur cette gratte.

Si cet article a pu vous faire office de « petit guide d'achat (pas objectif) de la SG Junior », j'en suis ravi. J'espère que, comme moi, vous aurez la chance de mettre la main sur une de ces mojo-machines. Donnez-leur de l'amour : elles vous le rendront.